12 janvier 2010 – Souvenirs

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14 janvier 2020

12 janvier 2010 – Souvenirs

12 janvier 2010 : Je sortais de mon travail et passais récupérer ma fille à la garderie. Cela devait être une soirée comme celle de la veille car, à part l’anniversaire d’une de mes nombreuses cousines, il n’y avait rien de prévu. Même cela aurait dû être plus calme : ayant beaucoup travaillé et peu dormi les jours d’avant, j’avais décidé de me coucher de bonne heure pour me reposer un peu plus tôt que d’habitude.

Dans la voiture, ma fille et moi, nous avons chanté de bon entrain le refrain «Shake Shake Shake, kanèt la» (« secouez la canette ») d’une publicité qui tournait depuis quelques temps sur les ondes des radios. Mais, nous, nous avions changé un peu les paroles et trouvions que «Shake planèt la» faisait plus poétique.

Nous arrivâmes à l’immeuble où nous logions et, comme d’habitude, après avoir garé la voiture dans la remise, je rentrai avec ma fille, prenant soin de bien verrouiller la barrière de la galerie donnant accès à notre appartement.

La veille, j’avais fait pareil pour ensuite installer ma fille devant la grande télévision du salon. J’étais allé, après cela, à mon petit bureau où j’allumai mon ordinateur pour commencer à travailler.

Ce 12 janvier, le courant électrique n’était pas encore rétabli et, mon fils et ma femme devant faire un détour chez ma belle-mère, n’étaient pas encore rentrés. Je décidai donc d’accompagner ma fille dans ma chambre et d’attendre l’arrivée du reste de la famille en regardant la petite télévision.

Je déposai donc les sacs, allumai le petit poste, m’apprêtais à m’asseoir sur le lit quand ma fille, qui entre-temps s’était rendue dans sa chambre récupérer son petit sac au dos en peluche, m’avertit : « Ma couche est remplie, papa. » Je me redressai pour la retrouver mais, tout à coup…je sentis le sol trembler sous mes pieds !

L’édifice entier tremblait et, levant les yeux, j’assistai aux craquements du plafond, des murs.

Un bruit lourd et s’amplifiant accompagnait les secousses qui s’intensifiaient, elles aussi. Je compris tout de suite : Un tremblement de terre !

« Sophie !, viens me trouver. Vite ! », criai-je en me dirigeant vers sa chambre. Nous nous retrouvâmes au seuil de la porte de ma chambre. Je l’embrassai, la serrai contre ma poitrine et, plutôt par réflexe que de façon réfléchie, je m’abritai sous l’encadrement de la porte.

La maison bougeait. L’édifice entier tremblait et, levant les yeux, j’assistai aux craquements du plafond, des murs. J’eus le temps de voir se détacher quelques gros morceaux de bétons avant qu’une poussière aveuglante nous plonge dans les ténèbres. Je baissai la tête et fermai les yeux. Je pensai que c’était la fin. «Gade kijan mwen pwal mouri. Sak ta di sa ?»[2]. Je me rappelai que mes dernières paroles à ma femme furent des reproches pour quelque chose d’assez banal. Je ne me rappelai pas de ma dernière conversation avec mon fils, ma mère, etc…Et cela m’attrista.

Plus tard, j’apprendrai que cela aura duré 35 secondes mais sur le coup, je m’imaginai que ce fut seulement 5 ou 10. La terre avait cessé de trembler. Il faisait encore noir, mais je devinai que la maison n’était plus dans l’état d’avant. Des voix me parvenaient du dehors : «Alléluia ! », « Ô ! Jésus ! »

La noirceur mourait un peu plus pour laisser naître plus de lumière par une ouverture dans un mur de la chambre endommagée.

Sur le coup je pensai que c’était peut-être uniquement l’effondrement de ma maison, comme ce fut le cas pour une école, il y a quelques temps. La chambre commençait à s’éclairer. Alors qu’au début j’étais debout, je me retrouvais maintenant accroupi, presqu’à genou. Je regardai Sophie (ma fille) et vis qu’elle avait du sang sur le front. Mais juste une égratignure. Je ne compris (et ne comprends toujours pas) ce qui avait pu la blesser alors qu’elle était contre ma poitrine. J’inspectai ses membres. Ouf ! Elle n’avait rien.

Je jetai un coup d’œil autour de nous pour constater que les murs, et les meubles avaient disparus. Il ne restait que des morceaux de bétons, du gravas et de la poussière. Le chemin vers la sortie était complètement barré. Je ne réalisai pourtant l’ampleur de la catastrophe (l’effondrement de la maison) qu’en apercevant dans mon dos, une salle de bain qui n’était pas la nôtre. Vraisemblablement, l’étage au-dessus était venu nous rejoindre.

La noirceur mourait un peu plus pour laisser naître plus de lumière par une ouverture dans un mur de la chambre endommagée. Ce mur où il y a quelques secondes régnait notre crucifix.

« Madame ! Madame ! Mon papa est bloqué ! »

Je voulus me dégager mais mes deux jambes étaient coincées. Je me mis à crier «Au secours ! A l’aide !» Puis Anmweyyyy![3] Sophie me regarda et dit d’une voix tremblotante : «Papa, tu fais trop de bruit !»

– Il faut faire du bruit, chérie, lui dis-je. Il faut faire beaucoup de bruit.

Je m’inquiétais à ce moment du temps que l’on prendrait pour nous récupérer sous ces décombres. Je vis un petit espace devant nous où je pouvais déposer Sophie, ce que je fis pour essayer de me dégager.

– Si tu vois quelqu’un appelle-le, lui dis-je

– Madame…Madame…Mon papa est bloqué !

Mais personne ne vint à notre secours.

Mes souvenirs, dans ce qui était tantôt ma chambre, s’arrêtent là, pour reprendre lorsque Sophie et moi passions par cette petite ouverture miraculeusement laissée par ces monstres de bétons. Nous étions sauvés.


[1] Secouez la canette

[2] Qui aurait pu imaginer une telle fin pour nous?

[3] “Au secours!” en Créole. Plus littéralement: “À moi!”

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