Mesures ayitiennes : standards élastiques

6 septembre 2013

Mesures ayitiennes : standards élastiques

La démarche de standardiser les unités de mesures ne date pas d’hier. Depuis l’Antiquité, l’homme a compris qu’il est utile et bien plus pratique de s’entendre sur comment évaluer une distance, le poids d’une marchandise ou le volume d’un contenant. Un « Système internationale d’unités » (SI) a même été mise en place par la Conférence générale des poids et mesures pour une meilleure normalisation dans le monde.

Ainsi, que l’on se retrouve en Syrie, en France ou en Russie, on peut facilement se repérer lorsqu’il s’agit de kilomètres à parcourir ou de kilogrammes à soulever.

Certes, certaines régions gardent encore leurs unités de mesures particulières. Même que certaines unités ont, suivant le pays, des valeurs différentes. Les États-Unis d’Amérique, par exemple, préfèrent au système métrique les « miles », pieds et pouces. L’unité Livre, plus couramment associée à la livre anglaise de 453,6 g, peut aussi identifier bien d’autres valeurs..

Cependant, même ces écarts sont suffisamment normalisés pour qu’il existe une conversion fiable des unités standards vers celles régionales et particulières.

En Ayti, il existe aussi les unités standards. On les apprend à l’école. Qui ne se souvient pas de ces exercices interminables où il fallait trouver combien 3 mètres plus 5 centimètres faisaient en kilomètres, hectomètres, millimètres, etc.? On retrouve les standards également dans les supermarchés. Les sachets se présentent en grammes et les bouteilles en millilitres.

Portant, un touriste, même très fort en arithmétique, peut se retrouver complètement perdu, s’il décidait de visiter notre petit pays sans une petite leçon particulière sur les mesures ayitiennes. Si dans nos institutions nous suivons les recommandations de la Conférence des poids et mesures, dans nos chaudes rues, c’est une toute autre histoire.

Nos riz, maïs et pois se vendent par marmite. Plus précisément, le « Gwo mamit » et le « ti mamit ». Le gwo mamit équivalant en principe à cinq ti mamit plus trois quarts. Mais je dis bien en principe parce que c’est plus compliqué, bien plus compliqué. Je vous explique :

Pour que la quantité mesurée soit égale au Ti mamit ou au Gwo Mamit, il ne suffit pas de bien remplir le contenant correspondant. Non ! Il faut en plus y ajouter le « tillon », espèce de dune qui doit dépasser le contenant. Je ne suis pas certain que cinq tillon de ti mamit soient égaux à celui d’un gwo mamit.

Nous avons aussi le « glòs », unité de mesure d’huile de cuisine. C’est en réalité le contenant d’un déodorant bon marché qui est réutilisé pour transvaser l’huile d’un gallon au récipient de l’acheteur.

Surtout ne pas oublier le « mak », pour le beurre et la pâte de tomate. C’est le plus compliqué à expliquer. Ca peut être mesuré avec pratiquement n’importe quoi: une cuillère, un couteau, un morceau de bois…. Ça ne s’évalue qu’à l’œil. Personnellement, je n’ai pas cette compétence. Mais vu depuis le temps que ça dure, ça doit fonctionner très bien.

Beaucoup d’autres produits se vendent par sac, sachet et autres contenants que presque personne ne peut évaluer en unités de standard international.

Pour l’essence, oublier les litres et autres. Ici, il est question de Gallon et de « Dwoum». Et pas de tillon cette fois (évidemment! On n’a pas encore trouvé comment faire tenir un tillon de liquide :-).

Là où ça se corse, c’est que toutes ces unités de mesures particulières n´ont pas de valeur fixe.

Le contenu du dwoum ou du gallon d’essence va dépendre de la station ou, dans une même station du pompiste qui vous le vend. Pareil pour le mak de beurre ou de pâte de tomate: Si vous êtes un homme et que la fille de la boutique vous fais les yeux doux, vous serez étonné de voir comment le mak de beurre baignant dans votre glòs d´huile est bien plus important que celui à peine visible qui salit le bol de cette autre fille, venue acheter elle aussi, mais qui fait tout pour attirer votre attention.

Enfin, il faut également tenir compte du « ranje ». Ça se réclame après tout achat. Une fois la marmite de riz ou le glòs d’huile tendu, avant de l’accepter, vous devez oser la petite phrase magique : « Ou pa ranje l, pratik ?! » Et alors, vous constaterez avec satisfaction le vendeur vous rajouter un peu de la marchandise.

Il n’est pas certain que toutes les unités de mesures propres à chez nous aient été recensées dans ce billet. Mais, au moins avec ça, vous voilà un peu mieux armés à acheter et vendre dans les rues d’Ayiti.

Tilou

Partagez

Commentaires

Leslie Rock Dupervil
Répondre

Mesure griot lan fritay

Osman
Répondre

J'ai pas manqué de sourire en faisant toutes ces images du marché informel ayitien. Atik sa mérite yon ti ranje wi Blogè ....

Tilou
Répondre

Oui, en effet Jérôme. Je pourrais ajouter l'eau usuelle qui se vend par Kamion, unité dont la valeur dépend de l'Ô-fornisseur. Toues les citernes n'étant pas équivalente. Il y a aussi le hareng qui se vend par Mak, etc...Il y en a encore tant à dire....

Osman
Répondre

On pourrait parler aussi de "patte bananes".... :)

Tilou
Répondre

n' est-ce pas...;-)

Lyneda
Répondre

Mwen wè w konn bagay yo byen tilou!

Lyneda
Répondre

Gen lo patat, sitron, zoranj...

Ladji Sirabada
Répondre

salut Tilou. belles remarques sur l'elasticité des mésures dans ton pays, crois moi, c'est partout dans le monde. Et ma chere Cote du cacao, du café, de l'ivoire n'echape pas à ces nouvelles normes.

Tilou
Répondre

Merci de me lire Ladji Sirabada :-)