Par hasard

J’aurais dû écouter mes parents et ne jamais essayer la borlette, moi ! Franchement, c’est une histoire de fou.

Le problème c’est que les arguments de ma mère ne tenaient pas debout. Elle prétendait que c’était mal de jouer à la borlette* parce que ça relevait du hasard et que Dieu interdisait ce genre de pratique. Alors, quand j’ai su qu’elle tenait cela des églises chrétiennes qui, elles, organisent des rafles et tirages à longueur d’année, j’ai compris que prétendre que la pratique de la borlette était un péché n’avait aucun sens. J’ai donc décidé de m’investir à fond dans ce que beaucoup de compatriotes considèrent comme leur seul avenir.

Mais, personne ne m’avait dit que cela avoisinerait l’histoire des douze travaux d’Astérix !

La première semaine, sous les conseils de quelques amis experts et religieusement pratiquants de la borlette, je jouai quelques boules «malatchong**» qui, disaient-ils, sortiraient à coup sûr dans un des tirages de la semaine. Bon… nous avons eu 100 % d’échec, par hasard ! L’un de mes instructeurs, bizarrement, disait même qu’on avait raté de peu la grande cagnotte, parce qu’une fois le 17 fut tiré alors que nous avions misé sur le 18.

Après plusieurs semaines identiques à la première, je décidai de changer de méthode. Scientifique que je suis, je me suis mis aux calculs. Avec l’aide d’un oncle, j’appris de savantes combinaisons des chiffres du jour, du mois et de l’année aboutissant à un ensemble de numéros dont je devais choisir lesquels jouer. En plus, cette méthode était infaillible. Les trois lots du jour s’y trouvaient forcément. La galère, c’était de trouver dans la liste quelles boules jouer. Mon premier réflexe était de les jouer toutes. Hmm…pas sûr de faire de l’argent avec cette méthode ! S’y retrouvaient 98 des 100 numéros possibles. Je ne pouvais donc espérer gagner… Même par hasard.

Obtenir le tuyau de quelqu’un qui n’est plus de ce monde.

Alors que je commençais à perdre espoir, une cousine me révéla un secret : le seul moyen de pouvoir prédire ce qui va se passer par hasard, c’est d’obtenir le tuyau de quelqu’un qui n’est plus de ce monde. J’ai d’abord pensé aux protestants, eux qui chantent constamment à propos de ce monde qu’ils y sont sans en être. Mais il était plutôt question des morts. Il fallait que je pense intensément à un membre de ma famille qui me chérissait beaucoup et qui avait déjà fait le grand saut de l’autre côté de la vie. Seulement ça. Rien que ça ! Et puis dans un songe, il viendrait m’indiquer quelle boule jouer pour le prochain tirage. (bon bagay !) Qui aurait pu croire que c’était aussi simple, par hasard ?

Évidemment, je m’empressai d’aller au lit pour rencontrer mon grand-père en songe. Je rêvai en effet de lui. Il ne me donna aucun numéro. C’est alors que ma cousine m’expliqua comment cela fonctionnait réellement. Je devais, selon elle, me rappeler tout ce qu’il y avait dans le rêve et dénicher les numéros correspondant dans un «tchala***» se trouvant au dos d’un almanach. Par exemple, si j’avais rêvé d’un chien, j’aurais à jouer le numéro 15. Et le 74 pour un chat. Ah ! Je vous assure, j’étais parti pour une bonne trentaine de boules, moi, qui venais de rêver que mon grand-père me faisait visiter un zoo.

Et puis, mon grand-père, n’aurait-il pas pu faire plus simple que ça ? J’aurais pourtant compris hein, s’il m’avait dit « tu dois jouer 38 ». J’aurais alors joué 38 ! Franchement!?

J’ai ainsi tout essayé. Rien n’a marché, c’est à perdre la boule! Finalement, n’est-il plus possible de gagner à la borlette… par hasard ?

Tilou

*Borlette:Jeu de hasard de type loterie, loto, etc.
**Maltchong:Numéro faisant la Une comme étant sûr d'être tiré.*** Tchala : Liste faisant correspondre les numéros tirés à la borlette à des objets ou situations de la vie courante

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *