La faim pour nourrir l’économie

L’image d’un grand village pour représenter le monde contemporain est moins représentative que celle d’une vaste jungle.

Dans un village, les plus faibles peuvent compter sur l’aide des plus forts. Dans une jungle, si on est faible, toute rencontre avec un plus fort est à éviter. Et comme, par malheur, cela est impossible, il faut savoir utiliser ses meilleures armes pour se défendre.

Dans nos sociétés, c’est pareil : un individu, une communauté se retrouvent souvent à se défendre contre des plus forts.

Aussi la science des armes n’a pas chômé.

Des armes sauvages qui atteignent l’adversaire physiquement (poings, couteaux, missiles…) nous sommes passés à des armes plus « civilisées ». Des armes de protestation, dit-on. Pour se faire respecter, de nous jours, on peut recourir à la manifestation (pareille à une bande de « rara* », mais les refrains disent « aba », « viv » et « vle pa vle, fò l ale** »), le sit-in (C’est une manifestation pour paresseux. On fait pareil que les manifestants, mais on reste en place. Très pratique en temps de chikungunya) et la grève (en France, ça semble même devenir un passe-temps).

Cette dernière est très efficace puisqu’elle peut, sans violence et en silence, troubler la paix de la société. Rien qu’en refusant de travailler, des chauffeurs du transport public, des infirmiers d’un centre hospitalier, des enseignants ou des parlementaires peuvent contrarier le quotidien d’une grande partie de la société. (D’accord, d’accord. CERTAINS parlementaires ! D’autres rendent plus service à la nation en faisant la grève qu’en essayant de faire des lois. )

Parmi ces armes, il y a une que je trouve particulièrement intéressantes : la grève de la faim.

L’expression, déjà, est intrigante : « Grève de la faim ».

Ça ne devrait pas être appelé « grève de nourriture » plutôt ? Quand on fait grève de quelque chose, en principe, on ne FAIT PAS cette chose. Ainsi grève de la faim devrait renvoyer à ne pas avoir faim. Mais bon…

C’est une invention des croyants, cette histoire-là. À part qu’ils appellent ça jeûne et que c’est sur Dieu qu’ils mettent la pression, c’est exactement la même démarche.

Elle consiste à se priver de nourriture jusqu’à ce qu’on soit entendu. Je trouve ça noble. Bon, qu’on accepte après une assistance médicale n’a pas de sens, mais c’est noble. Tellement noble.

Déjà, on fait appel à l’humanité de l’autre, lui faisant confiance qu’il tiendra plus à notre vie qu’à la cause. (Tout le contraire de celui qui le fait, puisqu’il prouve tenir plus à la cause qu’à la vie ;-).

Mais aussi, c’est avant tout une méthode respectueuse des autres. Faire grève de la faim ne prive pas le travailleur de son taxi, le malade de ses soins ou l’écolier de son instruction. (Bon, c’est vrai que si le gréviste investit le parlement, ça compromet les séances. Mais bon, les séances, de toute façon…)

Et enfin, c’est un sacrifice qui peut rendre service à la communauté, hein ! Se priver de nourriture, ce n’est pas du gaspillage. Et si le gréviste est du genre « aloufa*** », une semaine de grève peut rapporter gros à l’économie.

Tenez !, c’est même une excellente idée : l’état devrait encourager cette pratique, calculer la valeur ajoutée à l’économie et en déduire un pourcentage sur la déclaration de l’impôt sur le revenu.

Comme ça, tout le monde sortira gagnant : le gréviste aura sa publicité plus une ristourne. Le gouvernement évitera des troubles publics et pourra même se vanter des améliorations de l’économie; la société verra les pressions sur ces ressources nourricières diminuer.

Vive la grève de la faim, je vous dis!

Tilou

* Bande musicale cheminant à pied pendant la période de Pâques
** Il partira de gré ou de force
***Qui mange beaucoup

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