MiziKaNou

La musique fait partie de la vie ayitienne, de son quotidien. Contrairement à ce que j’ai pu remarquer dans d’autres pays, il n’est pas possible de passer une journée en Ayiti sans rencontrer quelqu’un qui chante, fredonne, siffle ou danse sur un air quelconque. Comme je me plais à le constater et à le dire, le peuple ayitien est un peuple qui danse.

Paradoxalement, depuis quelques années, les acteurs du secteur musical ayitien, particulièrement le compas, se plaignent d’une baisse considérable des activités. Les bals ne se remplissent plus. Même lorsqu’ils affichent 2 ou 3 groupes ensemble, les organisateurs ne tirent leur épingle du jeu qu’avec le renfort de nombreux sponsors. Quant à la vente des morceaux musicaux, c’est encore plus grave.

Si on n’a jamais connu une génération qui achetait beaucoup d’albums, ces œuvres n’en étaient pas moins recherchées. Nombreux s’arrangeaient pour copier le contenu des vinyles sur cassette ou, plus récemment, dupliquer les CD. Maintenant, même les vendeurs de copies illégales et à bon marché ont du mal à écouler leur marchandise.

Ce peuple donc qui à la musique dans le sang, semble s’y désintéresser comme jamais auparavant.

Evidemment, beaucoup pointent du doigt la situation économique ou l’insécurité.

Mais bon! Si ça pourrait expliquer la non-fréquentation des boites de nuit, le problème du désintéressement pour les albums reste entier. Et puis, on a connu pareille situation, sinon pire, entre 1991 et 1994. Elle n’a jamais été aussi critique.

Honnêtement, je n’ai pas d’explications arrêtées à ce phénomène. Seulement quelques petites pistes :

D’ abord le contenu.

Pour qu’une musique nous accroche en Ayiti, il faut qu’elle nous parle, qu’on la vive. Il faut qu’elle soit, de près ou de loin, en rapport avec notre réalité. Par accrocher, je ne parle pas de hits éphémères qui ne doivent leur succès qu’à leur fraiche diffusion. Mais des chansons qui, après de nombreuses années, qu’elles aient été des hits ou non, sont toujours repris en chœur lorsque ressorties des tiroirs. «L’argent» du Gemini, ou «Superstition» du Tropicana ne sont que 2 parmi de nombreux exemples.

Hors depuis quelque temps, les textes ne semblent tourner qu’autour de 2 sujets. La réussite et la qualité du groupe, et une histoire d’amour entre le chanteur et sa copine.

Évidemment, vous vous dites que le second sujet ne devrait pas être trop étranger à nos réalités. Ça m’amène justement à ma seconde piste.

Le traitement des sujets.

L’amour n’est toujours traité que de 2 manières dans nos textes. Soit le type supplie la fille de ne pas le quitter parce qu’elle est tout ce qu’il désire, soit il se plaint d’avoir été trahi et incompris. À part ça: Rien. C’est exactement le même phénomène que vit les groupes de rap. Certes, eux parlent d’autres sujets, mais tous disent la même chose. Une fois 1 ou 2 albums écoutés, vous connaissez le contenu de tous les autres.

La dernière piste est l’argent.

Enfin, pas l’argent en soi, mais les conséquences qui l’ont accompagné.

Lorsque la musique rapportait peu. Elle n’était pratiquée que par les artistes. Ceux-là qui ne voyaient dans la musique que la musique. Depuis que certains ont pu s’enrichir en ne faisant (ofisyèlan wi, ti nèg pap diw !) que de la musique, bien des charlatans se sont investis musiciens, facilités aussi par la technologie. Résultat: la musique a perdu de son âme, de son génie et forcement de ses attraits.

Il y a encore quelques vrais artistes musiciens qui pourraient changer la donne et faire revivre une nouvelle jeunesse au secteur. Peut-être que la solution passera par une nouveauté dans l’orchestration, comme ça a toujours été le cas pour chaque grande période de notre musique.

Mais pour cela, il faudra vraiment que notre musique retrouve son âme et redevienne ayitienne.

1 commentaire sur “MiziKaNou

  1. Avis partagé. Et cette nouveauté à laquelle espère tou bon mélomane qui se respecte, ne passe surement pas par ce virus de médiocrité qui a atteint depuis quelque temps beaucoup de nos groupes musicaux. Que vive la révolution musicale.

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