Oui chef!

J’entends souvent parler du «rêve américain». Je ne suis pas sûr de ce que c’est, mais je crois qu’il est question de maison, de voiture, de famille et de paisible retraite. Je ne voyais pas en quoi ce ne fusse pas aussi celui des Ayitiens jusqu’à ce que je découvre ce dont la majorité de mes compatriotes rêvent vraiment: Le pouvoir! (Et plus ses privilèges que ses responsabilités)

Nos femmes et hommes politiques sont les plus sans gênes. Aucune honte à témoigner de leurs aspirations. Chacun veut être LE chef, lorsque ce n’est pas carrément LE SEUL chef. On en a vu hein des coalitions, des regroupements et des plateformes se scinder en autant de morceaux que de membres à l’approche d’élections; parce qu’aucun de ces leaders (qui, en fait, ne «lead» rien ni personne) ne consentait à laisser à un autre la place du Chef.

Mais ils ne sont pas les seuls à rêver de jouir d’une position de «Chef!» J’appelle ça la maladie de la Chefté. C’est quelque chose que nous semblons avoir dans le sang. Tous les jours et partout, nous en faisons preuve.

Le serveur, dans les pompes à essence s’en donne à cœur joie quand il y a pénurie. Il fait l’important, boude et desserre à peine les dents pour lâcher au pauvre conducteur le suppliant depuis quelques moments de lui éviter la panne : «Pa gen Gaz». Là, c’est lui le Chef.

Le conducteur de voiture publique affectionne les jours où les «occasions» se font rares. Pas seulement parce qu’il a moins de difficulté à remplir son bus, mais parce qu’il peut exercer sa «chefté». Ne se satisfaisant pas de pouvoir monter le prix de la course à sa guise, il répond à qui il veut et sur le ton qui lui fait plaisir; tout prêt à gueuler à ceux déjà dans la voiture «Nou met desann, mwen pa pwale ankò!». Peut-on être plus Chef!?

Mais la petite dame qui vient d’être victime de la chefté de ce conducteur aura vite sa revanche sur les clients de la banque où elle travaille. Chargée de la clientèle, elle choisira ceux à qui sourire, ceux qu’il faudra faire attendre,…ne se rendant même pas compte que son comportement est le même que celui du chauffeur qu’elle maudissait il y a moins d’une heure.

Et ça continue…La boucle ne se boucle jamais, chacun trouvant un esclave de qui être le commandeur et s’évertuant à bien lui montrer qui a besoin de l’autre. Et c’est tout le pays qui vit au rythme de ce refrain des protestants : Mwen se chèf, Ou se chèf, Se sa k’ap kraze peyi a…Ou se chèf, Mwen se chèf…

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